LAMPUNG (Sumatra)

Galerie photos des tissus en fin texte 

 

 La province de Lampung (5 millions d'habitants [en 1983]), à la pointe sud de Sumatra, n'est séparée de Java que par le détroit de la Sonde. Les populations archaïques locales furent soumises, au cours de l'histoire, à des influences extérieures variées; comme leurs voisins de Palembang, les habitants des côtes de Lampung commerçaient par mer dans toute la région et furent en relation avec les Chinois, Indiens et Arabes ainsi qu'avec les Portugais et Hollandais, sans oublier les Javanais avec lesquels les contacts, facilités par la proximité, étaient étroits en raison de liens historiques (vassalité, alliances ou conflits). En outre, au début de ce siècle déjà, les Hollandais favorisèrent le déplacement de populations javanaises à Lampung (premières transmigrations). Les terres de cette région furent mises à contribution par la puissance coloniale, pour la production du poivre notamment. Une certaine opulence permit à la noblesse terrienne locale de consacrer temps et argent à des fêtes de mérite ou rituelles pour lesquelles l'abondance et la beauté des textiles étaient autant d'indicateurs de richesse.

L'usage courant de la soie, de fils d'or appliqués, de techniques très sophistiquées souvent combinées (ikat, applique de bandes de métal et de miroirs - surtout chez les KAUER - broderie) conféraient aux tapis (jupes tubulaires de cérémonie) et gilets portés par les femmes des différentes ethnies une beauté quelque peu chargée, mais néanmoins sans artifice. Ces tapis, dont plusieurs spécimens anciens sont exposés, étaient en outre porteurs d'un grand nombre de symboles dont les principaux sont la barque rituelle (identifiée par certains auteurs comme barque des morts), les animaux mythiques et domestiques et les personnages présentés dans des relations hiérarchiques évidentes.

Une autre production textile propre à Lampung - dont la technique, fait inhabituel, s'est éteinte - est celle des palepai, tampan et tatibin, tissus rituels n'ayant aucune fonction vestimentaire et qui sont souvent déployés comme panneaux décoratifs. Le tissage de ces textiles, réalisé selon une technique de fils de trame supplémentaires (souvent flottants) sur des métiers aujourd'hui disparus, a pratiquement cessé après 1920.

Sur le rôle, l'origine et la signification de ces tissus, véritables tableaux, diverses théories ont été successivement avancées. On pense qu'ils étaient utilisés comme éléments décoratifs lors de têtes rituelles ou pour couvrir des offrandes, envelopper les cadeaux échangés lors d'un mariage ou d'une fête de rite de passage. Aujourd'hui, ceux de ces tissus qui sont encore sur place servent parfois à recouvrir le Coran.

Deux auteurs (Holmgren et Spertus. In: Gittinger 1980) ont récemment classé les motifs des tampan, selon leur style, en quatre catégories: les tampan darat, typiques de l'intérieur de la province, où les sujets sont traités de manière très stylisée, parfois a la limite de l'abstraction et où l'image réfléchie inversée est courante; leur origine serait la plus archaïque; les tampan kalianda (du nom d'un village), souvent multicolores, les plus classiques et parmi les motifs desquels figure habituellement une grande maison posée sur la barque; deux autres styles côtiers, enfin: les tampan semangka sur lesquels évoluent barques, poissons, chevaux et figures anthropomorphes d'influence wayang et les tampan pasisir d'un style naturaliste marqué et d'une lisibilité de motifs beaucoup plus évidente que celle des tampan darat.

Les palepai sont d'un style qui les rapproche soit des tampan kalianda, soit des tampan darat.
Les tatibin sont proches des palepai par les motifs et la technique de tissage; comme pour ces derniers, leur usage semble avoir été réservé à l'aristocratie locale.


GEORGES BREGUET / JACQUES MARTIN ©

Collection privée JacOdi

Toutes images sont ©