TORAJA (SULAWESI)

 


Les groupes ethniques TORAJA (un demi-million de personnes environ [en 1983]) vivent dans les régions montagneuses du sud-ouest et du centre de Sulawesi. Leur culture, en particulier le culte des ancêtres, reste vivante malgré les récentes conversions aux religions monothéistes.

Autrefois habillés de vêtements d'écorce et de fibres tissées, ils ont développé une production textile particulièrement intéressante en ce qui concerne les grands tissus de cérémonie. Le buffle d'eau joue un rôle charnière dans le rituel, où il est souvent sacrifié; il n'est donc pas étonnant de retrouver sa figuration sur une partie des textiles présentés. Il n'est pas possible d'affirmer que les techniques de réserve, proches du batik ou du pelangi, que l'on trouve chez les TORAJA soient une invention locale; il s'agit peut-être d'un apport culturel extérieur. Sur les sarita, longues bannières de cérémonie qui peuvent aussi servir de coiffure aux effigies mortuaires ou aux chamans, les motifs principaux sont géométriques, à base de doubles spirales, de losanges et de cercles concentriques. Ces mêmes motifs se retrouvent sur les parois des maisons traditionnelles, les tongkonan.

Les maa' sont des toiles de coton, ou de soie importée, sur lesquelles sont peintes des scènes liées à la vie agraire mais dont le symbolisme n'est pas toujours évident. Ces tissus sacrés interviennent dans les cérémonies liées au cycle du riz.

La production de pièces de coton décorées à l'aide de l'ikat de chaîne semble limitée à deux régions, Rongkong et Galumpang. Ces pièces, qui peuvent atteindre plus de quatre mètres de long, sont utilisées lors des rites funéraires réservés à la noblesse. Elles servent alors de linceul ou sont disposées comme des panneaux le long des maisons provisoires construites pour les funérailles. Leur décoration est toujours géométrique, et l'on peut y reconnaître des motifs dont l'origine remonte à l'âge du bronze continental.


GEORGES BREGUET / JACQUES MARTIN ©