FLORES ET LEMBATA (LOMBLEM)

Galerie photos des tissus en fin texte

 

L'île volcanique de Flores (près de 400 km de long, 1,3 million d'habitants) appartient, comme les autres petites îles de la Sonde orientales, à ces régions périphériques de l'archipel qui n'avaient jusqu'à récemment qu'un contact limité avec les régions centrales. Une partie de sa population, aujourd'hui officiellement catholique, n'a pas complètement abandonné les rites animistes ancestraux. De nombreuses traces de ces sociétés archaïques sont encore visibles, particulièrement les maisons (rumah adat) et les mégalithes; mais c'est surtout l'artisanat textile qui témoigne de la continuité culturelle.

Ces textiles sont portés par les femmes sous forme de sarong tubulaires, relativement étroits, noués sur la poitrine ou retenus par une ou deux épaules, ou par les hommes sous forme de selimut. A l'exclusion des MANGGARAI, à l'ouest de l'île, les tisserandes de Flores utilisent toutes la technique de l'ikat de chaîne sur coton. Quatre régions de production retiennent l'attention: le pays des NGADA, au centre; celui des LIO, autour du volcan Keli Mutu; la région d'Ende, sur la côte sud et celle, enfin, de l'arrière-pays de Maumere (en particulier Sikka).
Les NGADA sont les seuls, à Flores, à orner leurs sarong d'appliques faites de perles et de coquillages. Chez les LIO, le travail de l'ikat est particulièrement fin; leurs textiles, à dominante brun-rouge, ont par ailleurs adopté avec bonheur les motifs patola, sans que soient complètement abandonnés les motifs archaïques. Dans la région du port d'Ende, on perçoit une certaine influence de l'extérieur du fait du passage et de l'établissement d'autres minorités ethniques; ainsi certains motifs s'apparentent-ils à ceux de Sumba ou de Savu.

La région de Maumere - dont Sikka, aujourd'hui un petit village sur la côte sud était dans le passé la capitale- est également réputée pour ses sarong. On y trouve encore des motifs traditionnels, notamment anthropomorphes, mais aussi une forte marque occidentale remontant aux Portugais ou due à la présence, depuis un siècle au moins, d'un grand nombre de missionnaires européens. Certains des tissus décorés de motifs ayant subi ces influences s'appellent kain suster par référence aux sœurs hollandaises qui avaient apporté dans leurs bagages des livres de travaux d'aiguille proposant de tels motifs (paons, colombes, vases et autres roses). Les femmes de tous âges et les jeunes garçons portent volontiers le sarong local dans la vie courante; il s'agit alors le plus souvent de pièces très simples, peu " ikatées" mais, parfois aussi, de beaux textiles. L'usage des très belles pièces (sarong et selendang) est réservé aux cérémonies adat ainsi qu'aux grandes fêtes catholiques. Ces textiles font aussi partie de la dot, au même titre que l'ivoire. La jeune fille nubile se doit de connaître l'ikat et le tissage avant d'être considérée comme un parti acceptable.
A l'est de Flores, l'île de Lembata (ou Lomblen) a acquis une certaine célébrité par sa production textile: il s'agit de sobres sarong et selimut (ikat de chaîne sur coton produit localement).

GEORGES BREGUET / JACQUES MARTIN©

Collection privée JacOdi

Toutes images sont ©